Wednesday, February 8, 2017

Questions & Réponses: Thomas d'Aquin sur le mal et la hiérarchie de l'être: Dieu est-il, chez Thomas, cause du mal?

Je vais commencer à faire un section de question & réponses sur ma blogue. Voilà un des question que j'ai reçu dernièrement.

Dernièrement j'ai reçu la question suivante: 

Thomas affirme, dans ST I, I, q. 48, a. 2, et dans SCG III, c.71, que la perfection de l'univers requiert des inégalités de perfection entre les êtres. Conséquemment, être bon et pouvoir faillir est une différence ontologique avec l'infaillible qui est requis à la perfection de l'univers. Or, dit Thomas, ce qui peut faillir, il est inévitable qu'elle faillisse.

L'ensemble de ces affirmations me rend perplexe.

Surtout l'idée que ce qui peut faillir/déchoir faillira un jour. Il semble que ce soit un fatalisme étranger à Thomas. Mais ça me donne le goût de prendre le parti de Blocher dans Le mal et la croix, qui dit que Thomas calomnie ici la nature créée par Dieu, et calomnie Dieu indirectement, en le rendant responsable d'avoir mis en nous le germe du mal.

Blocher dit que le thomisme « sort le mal du mal » en le banalisant ainsi, en le mettant dans l'ordre de l'univers (Thomas semble mettre le mal naturel dans l'ordre : génération/corruption, mais comment mettre le péché dans l'ordre ?).

Il me semble que le mal doit être se qui déroge de l'ordre, et c'est ce que Thomas affirme, mais il me semble que Thomas l'insère ici dans l'ordre comme déterminé vers l'utile, alors que Dieu est seulement supposé utiliser le mal pour l'ordre une fois que la créature l'a introduit dans la création.

Voici ma question très précise : qu'en penses-tu ?

Voilà ma réponse:


Okay, bien. Il y a beaucoup de points ici. Premièrement, il faut lire ST I, I, q. 48, a. 2 dans le contexte de ST I, I, q. 47, a. 1 et 2. Dans ces articles Thomas explique ce dont je vais parler dans le troisième point. Je ne vois pas, dans l’article ST I, I, q. 48, a. 2, où Thomas dit que les choses qui ne sont pas Dieu « doivent » faillir, seulement qu’ils « peuvent » faillir. Je vous le cite : « Alius autem gradus bonitatis est, ut sic aliquid bonum sit, quod a bono deficere possit. » Notez le mot « possit ». Ici on parle de « capacité pour » ou possibilité. On traduirait la dernière phrase, « ce qui peut (possit) faillir en bonté. » Un peu plus tard Thomas dit, « ita perfectio universi requirit ut sint quaedam quae a bonitate deficere possint; ad quod sequitur ea interdum deficere. » Ici il dit que la perfection de l’univers oblique qu’il doit y avoir des choses qui peuvent faillir en bonté (peuvent être déficient en bonté); de là il suite qu’il y a des choses qui failli en bonté. Encore, il n’y pas question de nécessité, seulement de probabilité. C’est-à-dire, avec autant de choses qui peuvent faillir en bonté, il est attendus qu’il y a certaines de ces choses qui faillit en bonté. Il n’est pas en train de dire que la nature doit faillir en bonté, mais que la nature est telle qu’on n’est pas surpris de découvrir qu’il y a des choses qui ont failli en bonté. Donc, je ne vois pas ici, nullement, la notion que « ce qui peut faillir, doit faillir. »

Deuxièmement, chez Thomas d'Aquin, comme chez Augustine et la plupart des pères de l'église, le mal est l'absence du bien. Ceci s'applique autant de manière ontologique à des différentes êtres, que de manière axiologique à des actions humaines. Ce point est très important pour le prochain point.

Troisièmement, quand Thomas discute le fait que "la perfection de l'univers requiert des inégalités de perfection entre les être", il est en train de faire référence à ce qu'on appelle la hiérarchie de l'être (tu peux consulter un blogue que j'ai écrit là-dessus, en résumé de la doctrine, cliquer ici. L'article est en anglais, et je t'invite de regarder aussi les commentaires pour quelques clarifications.). Maintenant, si un chose est bon et parfait dans la mesure qu'il est en acte (et actualise sa nature), alors ce qui est acte pure est à la fois absolument parfaite et bon. Donc, on dit que Dieu est parfaite et bon de manière absolue. Ce même principe nécessite que la plus qu'un chose s'éloigne de l'acte vers la puissance (autrement dit, la plus qu'un chose est matière), la moins qu'elle est parfaite et bon (comparé à ce qui est acte pure); et, donc, la plus qu'elle est "mal" (considérer comme l'absence du bien comparé à ce qui est absolument bien). Ce n'est pas le mal (comme catégorie morale), c'est seulement le mal ontologique (comme l'absence du bien parfait!). Donc, techniquement, tout ce qui n'est pas acte pure est, parce que mélangé avec puissance, moins que parfait (comparé à ce qui est acte pure). Parce qu'il y a absence du bien absolue, il y a mal. Ce n'est pas, je répète, le mal morale (ou axiologique), mais, le mal ontologique (l’absence du bien au niveau de « la possession » de l’être)

Voilà un niveau sur lequel on peut dire que tout ce qui est créé, parce que créée, est mal (parce qu'en étant créé X est moins que parfait). Dans ce sens, Dieu seul est bon, tout qui est création est mal. Un autre niveau, aussi ontologique, sur lequel on peut dire que quelque chose est mauvais est dans le sens suivante. Le bien de chaque être est la possession parfaite de son essence—sa fin immédiate. Donc, dans la mesure qu'un être ne possède pas parfaitement sa nature, l'être est mauvaise. Encore, on ne parle pas, ici, d’un mal axiologique, mais du mal ontologique (l’absence du bien au niveau de la possession de l’essence).

Une troisième manière dans lequel on peut dire que des choses sont mauvaises, c’est dans le sens axiologique—au niveau de l’action (que l’action manque de la perfection, que l’action n’est pas ce qu’elle est supposée d’être). Dans ce sens on dit que l’homme est mauvais parce qu’il pèche (il fait le mal au niveau axiologique). 

La Bible ne dit pas que Dieu n’est pas la cause immédiate des choses mauvaises. Au contraire, la Bible dit que Dieu est la cause des nations qui écrase Israël et l’amène en captivité. Dieu est la cause de tous les êtres, et il s’assure que chaque être agis selon sa nature (par exemple, Dieu s’assure que les hommes agis librement). Quand la Bible dit que Dieu n’est pas le cause du mal, le « mal » qui est en vue est le mal axiologique de l’homme qui pèche. Dieu ne pèche, ne cause un autre de faire le péché, ni tente les hommes à péché! L’homme seule est la cause du péché.

Je pense que ce que je viens de dire résous, ou, du moins, donne ce qui est nécessaire pour résoudre, le problème que tu soulèves. Concernant l’idée d’un certaine « fatalisme » chez Thomas, je ne le vois pas. Du moins, je ne le vois pas plus que la Bible, Augustine, et Calvin (qui disait que l’homme est libre seulement pour courir vers le mal, il ne peut pas poursuivre le bien à moins que Dieu fait en sorte qu’il cour vers le mal).