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LES PRÉSUPPOSITIONS ET PRÉALABLES QUI SONT NÉCESSAIRES POUR LA POSSIBILITÉ DE LA THÉOLOGIE CHRÉTIENNE - partie 2

(Suivre le lien pour retrouver le premier partie ici.)

L’affirmation que c’est possible de raisonné à partir de la création (et, d’ailleurs, de pouvoir étudier et comprendre des Écritures saintes) pour obtenir une certaine connaissance au sujet de la cause de la création (Dieu),[1] dépends sur des réponses à un certain nombre de questions importantes: (1) peut-on obtenir de la connaissance sensible de ce qui est? (2) Est-ce que nos sens nous donnent une connaissance qui est fondamentalement vraie? (3) Est-ce que nous sommes capables de raisonner comme il faut concernant les vérités que nos sens nous donnent? Ces questions présupposent des réponses à des questions qui sont encore plus profondes (des questions qu’on rencontre en étudiant le débat Nominalisme & Réalisme), qui nous dirigent, finalement, à la question la plus profonde de tous: Qu’est-ce qui est?

Notre réponse à la question « Qu’est-ce qui est? » va nous fournir avec ce que les philosophes appellent une théorie ontologique (Métaphysique). Il y eut, à travers l’histoire de la philosophie et théologie, plusieurs réponses différentes données à cette question. Si on répond à cette question en disant, « Je suis, et il y a d’autres choses (c.-à-d. - mon écran d’ordinateur, mon bureau, ma maison, ma femme et mes enfants, etc.) qui se présentent comme étant. », alors il faudrait demander si chacune des choses qui se présentent à nous est quelque chose (c’est-à-dire, est-ce qu’il a une nature ou essence, ou non).[2] Suite à notre réponse à ces questions, nous allons être justifiés de poser les autres questions, dans l’ordre mentionné ci-haut. Les questions 1-3 vont nous fournir avec ce que les philosophes appellent une théorie épistémologique (divisé en rapport avec la connaissance, la vérité et le raisonnement – ou la logique).

Chaque philosophe ou théologien doit, pour qu’il puisse être en mesure de faire la philosophie ou la théologie, soit présupposer une théorie ontologique et épistémologique déjà existante, soit répondre à ces questions toutes seules. L’histoire de la pensée nous démontre que même ceux qui ont tenté la deuxième option ont fini par adhérer à une théorie qui était déjà en existence – même s’ils ne le savaient pas eux-mêmes.

À l’intérieur des murs de la Christianisme historique, il y eut des multitudes de théories (à la fois ontologique et épistémologique) qui étaient utilisées pour soutenir les systèmes théologiques des plus grands penseurs chrétiens. Les théories les plus communs peuvent être classifié (parfois avec modification) sous les bannières de soit la philosophie aristotéliciens, sois la Platonisme, qui sont, tous les deux, des formes de Réalisme. C’est intéressant à noter que la plupart des pères de l’Église, y compris Augustine et Anselme, étaient Néo-Platoniste (ce qui est un mélange de la philosophie d’Aristote et la philosophie de Platon), d’autres, comme Thomas D’Aquin, étaient aristotéliciennes (quoiqu’ils faisaient, souvent appelle à des vérités découvertes par Platon). D’autres théologiens chrétiens, plus modernes, qui ont tenu, ou qui tiens, une forme de réalisme inclus : Jean Calvin, Francis Turretin, Herman Bavinck, C. S. Lewis, Norman Geisler, B. B. Warfield, R. C. Sproul, J. P. Moreland, etc.

D’autres théories philosophiques qui, quoi que moins populaire, ont servis comme fondement pour des systèmes de théologie chrétiens sont des formes d’ontologie nominaliste (accepté, par exemple, par Martin Luther et, plus récemment, par William Lane Craig), l’humanisme stoïque (accepté, par exemple, par les grands réformateurs calvinistes comme Jean Calvin, Théodore Beza, et Pierre Viret),  l’existentialisme (tenu, dans une forme ou dans un autre, par Soren Kierkegaard, Karl Barth, Paul Tillich, et Karl Rahner), l’Idéalisme platonique ou hégélien (tenu, par exemple, par Jonathan Edwards,[3] et, il semblerait, par Augustus H. Strong et Charles Hodge). Parfois nous voyons des mélanges de systèmes philosophiques, comme dans le cas de Cornelius Van Til, et l’école Présuppositionaliste, qui se base sur un mélange de la critique de raison de Kant, l’herméneutique d’être de Heidegger, et le système hégélienne ; ou dans le cas de l’école des reformeurs de Hollande, comme Herman Dooyeweerd, Abraham Kuyper, D. H. T. Vollenhoven, etc., qui était influencé par un mélange de l’existentialisme d’Heidegger, la phénoménologie d’Husserl, et la critique de raison de Kant.[4]

Ce qui est embêtant est qu’une seul de ces théories onto-épistémé-logique peut être vrai. Si le système « philosophique » sur lequel une théologie systématique se base n’est pas vrai, alors cette erreur va y avoir un impact important sur le système théologique en question. Comme Thomas d’Aquin dit, dans la première phrase de son De Ente et Essentia, « Selon Aristote une légère erreur dans les principes engendre une conclusion gravement erronée. »[5] Certains théologiens, pensant éviter cette difficulté, ont essayé de dire qu’ils avaient basé leur système théologique entièrement sur la Bible, sans aucune influence philosophique. Malheureusement, comme nous avons déjà vu, quoique bien intentionnés, une telle proposition n’est pas possible.[6] Un théologien qui essaie de bâtir une théologie chrétienne sans aucune référence à la « philosophie » va soit (a) tomber, sans le savoir, dans les mêmes erreurs des philosophes – qu’il aurait pu éviter en prenant le temps d’étudier les philosophes, ce qui lui aurait épargné des erreurs graves, soit (b) tomber, sans le savoir, sur les mêmes vérités que des philosophes avant lui aurait découverts - qu’il aurait pu apprendre en prenant le temps d’étudier les philosophes, ce qui lui aurait sauvé du temps. La réalité est que c’est impossible pour un théologien, qu’il aurait étudié la philosophie ou non, de faire la théologie sans aucune influence philosophique ; et ceci parce qu’il était éduqué (pour apprendre un, ou plusieurs, langage (s), le grammaire, comme lire un livre, la syntaxe, le mathématique de base, la géographie de base, les notions philosophiques de base – telle ce que c'est un être humain, ce que c’est une nature ou essence, etc., l’histoire, etc.) par des professeurs (et livres) qui étaient éduqués par d’autres professeurs (et livres) qui étaient éduqués par d’autres professeurs. Tous ces professeurs étaient influencés, qu’il le sache ou non, par la philosophie et théologie de ceux qui les ont enseignés (soit comme professeur, soit à travers les livres qu’ils lisaient), et ils passent cette philosophie et théologie à ceux qu’ils enseignent (soit comme professeur, soit par des livres). Pour que le théologien n’ait aucune influence « philosophique » dans sa théologie il faudrait qu’il grandisse sans aucun contact avec d’autres êtres humains, il faudrait qu’il ne pense pas du tout jusqu’au temps qu’il vient en contact avec la Bible. Le problème qui arriverait dans une telle circonstance est qu’il ne serait pas capable de comprendre la Bible (comment comprendre un langage qu’on n’aurait pas appris ?).

Comme nous avons déjà mentionné, pour pouvoir comprendre la Bible on doit, entre autres : (1) être capable de lire la Bible, ce qui présuppose, entre autres, une connaissance de base (a) d’au moins un langage dans lequel la Bible aurait était traduit (b) de la grammaire du langage en question (c) de la syntaxe du langage en question (d) des formes linguistique (comme l’analogie, la métaphore, etc.) (e) une connaissance des principes d’interprétation ;  (2) avoir une expérience de vie qui lui permettre à comprendre les mots qui sont utilisé, ce qui implique, entre autres une connaissance de base de (a) la géographie (est-ce que l’Israël est loin d’ici ? Qu’est-ce qu’un désert ?), (b) la zoologie (qu’est-ce que la différence entre un âne, un cheval, un lion, et un agneau ?), (c) les cultures (d) la nourriture (pourquoi est-ce qu’on ne mettre pas du nouveau vin dans un vieux sac de vin ?), (e) la nature (pourquoi est-ce qu’on compare la vie d’un homme à l’herbe ? est-ce que l’herbe vit longtemps, ou pour un peu de temps ?), (f) l’histoire mondiale (est-ce que Jésus vient tout juste de mourir ou est-ce que ça fait longtemps ? C’est qui les Romains, Grecs, Égyptiens, Babyloniens ?) ; (3) avoir une certaine connaissance des sujets théoriques qui nous permet de comprendre des notions théoriques qui sont utilisées par la Bible, comme, (a) une nature (qu’est-ce que la Bible veut dire lorsqu’elle parle de la nature du péché, la nature de l’homme, ou la nature divine ?), (b) un esprit (qu’est-ce que la Bible veut dire lorsqu’elle parle de l’Esprit-Saint, l’esprit de l’homme, ou quand elle dit que Dieu est esprit ? (c) le temps (comment comprendre les questions reliées à l’éternité si on ne comprend pas ce qu’est le temps ?), (d) les politiques (qu’est-ce qu’un roi ? Est-ce que l’église devrait avoir une forme de gouvernance ? Si oui, lequel ? Sinon, de quoi est-ce que ça aurait l’aire un groupe de personnes sans aucune dirigeante ? L’anarchie ?), (e) la moralité.

On pourrait en rajouter d’autres prérequis qui sont nécessaires pour lire la Bible, mais le point devrait être assez clair. Les questions que nous avons insérées en parenthèse ont comme but de nous faire réaliser à quel point on prend beaucoup d’information comme acquis lorsqu’on lit la Bible. Dès notre conception dans le ventre de notre mère, nous commençons à apprendre. À travers notre jeunesse on apprend, si on est à l’école, les notions requises pour l’interprétation de la Bible, mais, on apprend, aussi, la « philosophie » (la manière dont le monde est compris, concernant qu’est-ce qui est, qu’est-ce qu’un être humain, qu’est-ce qu’on peut connaître – et comment, qu’est-ce qui est bien ou mal, etc.) de nos professeurs ou enseignants, de nos parents, de nos amis, etc. On lit, ensuite, la Bible à travers la philosophie qu’on aurait apprise d’eux. De là les différences si énormes entre les théologiens, même à l’intérieur d’une même école de théologie (comme le thomisme, calvinisme ou arminianisme). Ce n’est pas, donc, possible de baser un système théologique entièrement sur la Bible, sans aucune influence philosophique. Celui qui pense que sa théologie n’est aucunement influencée par la philosophie n’est qu’ignorant de la position philosophique qui soutient sa théologie.[7]




[1]Proposition qui, nous avons vu ci-haut, était toujours affirmer comme vrai, et défendue comme biblique, par l’église dès le début jusqu’à aujourd’hui (à l’exception de quelques théologiens chrétiens tels que Karl Barth).

[2]C’est important à noter que le sens de « suis », dans la phrase « Je suis » (ou de « est » dans la phrase « cette chose est »), et de « est » dans la phrase « ce que chaque chose est » ont des sens totalement différents. Dans les deux premières phrases on demande si un être (connu minimalement, au moins) a une existence extramentale (c'est-à-dire, est-ce que cette chose n’est que dans mon intellect, ou est-ce que cette chose est, elle-même, un être dont son existence ne dépend pas du fait que je le connais ? Dans la dernière phrase, on demande au sujet de la nature ou essence d’un être. Nous ne sommes pas, nécessairement, obligés de suivre un ordre dans la manière dont on répond à ces deux questions. Par exemple, nous pourrions, premièrement, arriver à savoir qu’une chose est sans qu’on sache ce que c’est si on arrive à connaître son existence à travers un effet. Dans cet évènement on le connait comme la cause d’un effet qui se présente à nous, mais on ne sait pas ce que c’est. Donc, on connaît, dans un sens, qu’il existe avant de connaître sa nature. Comme nous allons voir, ce type de raisonnement s’appelle Démonstratio quia.  On pourrait, par la suite, demander ce que c’est. Nous pourrions, deuxièmement, savoir ce que c’est, mais ne pas savoir s’il a une existence qui n’est pas dépendante sur le fait qu’on le connaît. Dans ce cas nous aurions une description de sa nature ou essence, et on cherche à savoir (a) si une chose qui correspond à cette nature existe (b) ce qu’une chose qui correspond à cette nature fait, produit, ainsi que sa raison d’être, etc. Ce type de raisonnement s’appelle, comme nous allons voir, demonstratio propter quid. La manière qu’on apprend, en générale, est par la demonstratio quia. On commence, comme enfant (et à travers toutes nos vies), à voir des choses qui se produit, et, on demande ce qui les a produit. Comme Aristote le mentionne, l’émerveillement est le lieu de départ pour la science théorique. Nous voyons des effets partout autour de nous et on cherche à savoir ce qui les aurait causés.

[3]Cf. Étienne Gilson, Thomas Langan, Armand A. Maurer, Recent Philosophy: Hegel to Present (1966; repr., Eugene, OR : Wipf & Stock, 2005), 2:559-564.

[4]Cf. Albert M. Wolters, « The Intellectual Milieu of Herman Dooyeweerd », in The Legacy of Herman Dooyeweerd, ed. C. T. McIntired (Toronto: UPA, 1987).

[5]Thomas d’Aquin, L’Être et l’Essence, 3ieme ed., trad. Catherine Capelle (Paris : VRIN, 1965), 14.

[6]On est en train de faire la philosophie aussitôt qu’on commence à répondre à des questions comme : est-ce que Dieu existe ? Est-ce qu’on peut savoir que Dieu existe ? Comment est-ce qu’on arrive à une connaissance de Dieu ? En fait, comme Aristote le démontre, selon les fragments qui parlent de son œuvre qu’on appelle le Protrepticus, ce n’est pas possible de dire qu’on ne devrait pas faire (ou qu’on ne devrait pas l’utiliser dans la théologie, etc.) la philosophie sans faire la philosophie. « If someone were to say that one should not philosophize, then, since to philosophize is both to inquire into the very question whether one should philosophize or not, as he [sc. Aristotle] himself said in the Protrepticus, and also to pursue philosophical contemplation, by showing that each of them is proper for a man we shall wholly refute the view stated. (Aristotle, “F 51 R3 (Alexander, Commentarius in Topica 149.11-15)” in The Complete Works of Aristotle, ed. Jonathan Barnes (1984; repr., Princeton: Princeton University Press, 1995), 2:2405.) » Le but de cette argumentation est de démontrer que c’est impossible de nier qu’on devrait, ou de nier qu’on est capable de (ou qu’on devrait l’utilisé la philosophie dans la théologie), philosophé, sans philosophé. Autrement dit, pour pouvoir nié qu’on devrait, ou qu’on est capable de (ou qu’on devrait l’utilisé la philosophie dans la théologie), philosophé, il faut philosopher. Donc, forcément, ce n’est pas possible de faire la théologie sans faire la philosophie (dans le sens propre du mot philosophie).

[7]Ce qui est important, pour le théologien, est qu’il connaît la philosophie assez qu’il soit en mesure de savoir par qui il est influencé, et, s’il faut, de changer certaines positions parce qu’ils introduisent des erreurs dans la théologie (qui rends la théologie incohérente, ou en contradiction flagrante avec la Bible – comme l’affirmation présuppositionaliste qu’il n’y a aucun lieu commun sur lequel un chrétien et un non-croyant pourraient se basé pour dialoguer.).

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