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La Position Moliniste sur la relation entre la Souveraineté Divine et la volonté humain

Avant de continuer je vous invite de lire les deux publications introductoire à cette séries: Partie 1 et Partie 2. Aussi, vous pouvez regarder la position Calviniste ici, et la position de la Théisme Ouverte ici. Les deux derniers points de vue que nous allons examiner sont connus comme le molinisme et le thomisme. Ces points de vue se ressemblent dans leur définition de la souveraineté, mais sont très différents sur leur point de vue de la liberté ainsi que dans leur approche de résolution du problème de la souveraineté divine et de la libre volonté de l’homme. Dans notre explication du molinisme, nous allons considérer spécialement les œuvres de Thomas P. Flint et de William Lane Craig.


Souveraineté divine

Le point de vue moliniste de la souveraineté divine se retrouve dans la position traditionnelle. Flint décrit la position traditionnelle de la manière suivante : « le contrôle divin sur tout ce qui se produit, avec à la fois la prescience et la connaissance des contrefactuels de la liberté des créatures, sont des éléments non négociables d'une saine doctrine de la providence. »[1] Flint élabore davantage sur la position traditionnelle dans son livre où il dit: « ...de voir Dieu comme étant providentiel est de le voir comme, en connaissance et en amour,  dirigeant chaque événement impliquant chaque créature vers les buts qu’il a ordonnés pour eux. »[2]

En d'autres termes, de dire que Dieu est souverain est de dire qu'il est en contrôle complet de tout ce qui se passe dans l'univers, partout et tout le temps, depuis le mouvement des planètes à la libre décision de toutes les créatures volontaires, tout en dirigeant selon sa sagesse et sa bonté divine.


La liberté de la volonté

Le molinisme est le seul système qui est orthodoxe et crédible par lequel nous sommes en mesure d'affirmer que Dieu est souverain dans le sens traditionnel du terme, et, en même temps, que l'homme a le libre arbitre libertaire. Le liberté libertaire a déjà été décrit, mais pour permettre à chaque position de parler pour elle-même, et en raison d'un aspect important que Flint fait ressortir, nous citerons la description de Flint du libre arbitre libertaire : «... L'idée de base est que la détermination externe de l'action d'une personne (surtout une détermination causale par un facteur non soumis au contrôle de la causalité de la personne) est incompatible avec le fait que l’action soit libre...L'idée centrale ici semble être que mes actions (ou, au moins, mes actions libres) sont celles que j’initie et contrôle. »[3] Le libertarianisme estime que, dans n’importe quel ensemble de circonstances, l'agent 'A' est libre, si et seulement si, aucun état ​​antécédent d’affaires, 'P', peut déterminer les actes ou décisions de l'agent, «D».[4]


La position moliniste sur la souveraineté et le libre arbitre

Le molinisme n'est pas un système théologique; il s'agit plutôt d'une tentative de résoudre le problème de la souveraineté divine en relation avec la volonté libre libertaire. Le molinisme résout le problème en posant l'existence de la « connaissance du milieu » en Dieu. L'argument est le suivant :

Tout d'abord, Dieu a connaissance de toutes les vérités nécessaires et tous les mondes possibles. C'est ce qu'on appelle la connaissance naturelle de Dieu. Deuxièmement, tout comme le théisme traditionnel, le christianisme affirme que Dieu a une connaissance immuable et parfaite de tout ce qui va se passer, qui se fait actuellement, et qui est déjà arrivé. Ce deuxième type de connaissances est ce qu’on appelle la connaissance libre de Dieu, et c’est la source du problème que nous examinons. Le moliniste, afin de résoudre ce problème, pose un troisième type de connaissances en Dieu, la connaissance du milieu. La connaissance du milieu est la connaissance de tout ce qui pourrait se passer, juste au cas où, Dieu aurait créé un certain monde.[5]

Sur la base de ces trois types de connaissances, le moliniste continue en disant que Dieu, à partir de sa connaissance de ce qui pourrait arriver, sait tout ce qui se passerait s’il créait n’importe quel monde possible en particulier. Dieu déclare alors qu’un seul monde possible, avec tout ce qui se passe en lui, surgisse en existence. On doit le considérer, donc, comme étant pleinement souverain, ayant déclaré littéralement tout ce qui arrive dans le temps avant le temps, et ceci sans enlever le libre arbitre libertaire. Nous avons la liberté libertaire, non seulement parce que Dieu ne nous fait pas agir, ni détermine notre volonté, mais aussi parce qu'il n'y a aucun ensemble de vérités antérieures qui déterminent nos actions. Dieu crée, tout simplement, un monde dans lequel vous effectuez exactement ce qu'il a décrété que vous allez effectuer, car il a décrété ce qu'il savait ce que vous feriez dans les circonstances (dans le monde possible) qu'il a créé. Robert C. Koons avance un argument contre le molinisme qui prétend montrer que le molinisme est essentiellement le déterminisme déguisé en indéterminisme. Il dit: « Est-ce que le fait intermédiaire, de ce qu'il [l'agent en question, dans l’article de Koons est Adam dans le jardin d'Éden] ferait dans de telles circonstances est causalement avant le véritable rejet, qui est actuel mais futur? Il me semble difficile de voir comment le moliniste peut éviter de répondre que ces faits intermédiaires sont causalement avant les choix actuels correspondants. Dieu connaissait tous ces faits intermédiaires avant de créer quoi que ce soit. »[6]

Mettant les problèmes de la connaissance du milieu de côté, il me semble qu'une des plus grandes difficultés pour le molinisme est, justement, la raison pour laquelle le molinisme a été inventé – la liberté libertaire. Il me semble que, si la liberté libertaire est vraie, alors il n'y a aucun moyen, même compte tenu de la connaissance du milieu, que Dieu pourrait savoir qu'un agent ferait l'action A au lieu de l'action A1 ou A 2 ou A 3, ad infinitum. Cela est dû au fait que le libertarianisme affirme qu'aucun état d’affaires antécédent, « surtout une détermination causale par un facteur non soumis au contrôle de la causalité de la personne »,[7] ne peut avoir une influence causale sur les décisions ou les actions de l'agent. Cela peut être interprété comme signifiant que rien dans le monde qui est extérieur à l’esprit, rien dans le caractère d'une personne, rien en rapport avec l'éducation d'une personne, aucun des désirs d'une personne ou de préférences personnelles, ou des objectifs préalablement déterminés par la personne, peut déterminer le choix ou l'action de la personne peu importe les circonstances. Par conséquent, Dieu n'a aucun moyen de savoir ce que l'agent aurait fait dans une circonstance donnée. Afin de savoir une telle chose, il faudrait, (1) qu’il connaisse le caractère de l'agent, ses besoins, ses objectifs et ses désirs ; et (2) que le caractère, les besoins, les objectifs et les désirs antécédents de l’agent aient un impact déterminatif sur le choix ou l’action de l’agent. Mais, justement, chacun de ces éléments fait partie de l'état antécédent de choses qui ne peuvent pas déterminer les actions et choix de l'agent en aucune façon, pour que la liberté libertaire soit vraie.

Peut-être le moliniste est prêt à accepter ce problème, il y a probablement de bonnes réponses à ce problème, qui pourraient satisfaire les molinistes, mais il me semble que ces problèmes enlèvent toute puissance explicative du molinisme. Si vous êtes capables de lire l'anglais, je vous invite de considérez un autre courte réflexion, inspiré de C. S. Lewis, qui soulève un autre problème pour la Molinisme.




[1]Thomas P. Flint, “Divine Providence”, in The Oxford Handbook of Philosophical Theology, ed. by Thomas P. Flint and Michael C. Rea (Oxford: Oxford University Press, 2009), 274. Traduction le mien. En anglais on lit, “Divine control over all that occurs, along with both foreknowledge and knowledge of counterfactuals of creaturely freedom, are non-negotiable elements of a sound doctrine of providence.”

[2]Flint, Divine Providence: The Molinist Account (1998; repr., Ithaca, NY: Cornell University Press, 2006)12. Traduction le mien. En anglais on lit, “…to see God as provident is to see him as knowingly and lovingly directing each and every event involving each and every creature toward the ends he has ordained for them.”

[3]Flint, “Divine Providence”, in The Oxford Handbook of Philosophical Theology, 265. Traduction le mien, en anglais on lit, « …the basic idea is that external determination of a person’s action (especially causal determination by some factor not subject to the person’s causal control) is incompatible with the action’s being free…The central idea here seems to be that my actions (or at least my free actions) are the ones that I initiate and control.” Notez que « l'idée centrale », selon Flint, est très similaire à la vue de Thomas d'Aquin, comme nous le verrons plus tard. Italiques les miens.

[4]A ↔ [(P → D) & (P → ~ D)].

[5]William Lane Craig, “The Middle-Knowledge View”, in Divine Foreknowledge: Four Views, ed. by James K. Beilby and Paul R. Eddy (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2001), 121-23.

[6]Robert C. Koons, “Dual Agency: A Thomistic Account of Providence and Human Freedom”, in Philosophia Christi, 4.2 (2002), 401.

[7]Flint, “Divine Providence”, in The Oxford Handbook of Philosophical Theology, 265.  L'expression « surtout » dans cette citation implique qu'aucune détermination, non seulement causale, mais tout type de détermination. En d'autres termes, quand nous disons « surtout », nous entendons, « surtout, x, y, z, mais pas limités à x, y, z ».

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