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La position de la théisme ouverte sur la souveraineté divine et la libre arbitre de l'homme

Avant de continuer je vous invite de lire les deux publications introductoire à cette séries: Partie 1 et Partie 2. Aussi, vous pouvez regarder la position Calviniste ici. Le théisme ouvert est un phénomène relativement nouveau et a été la cause de beaucoup de controverses dans les milieux théologiques et philosophiques. Dans notre exposé du théisme ouvert, nous allons nous référer principalement au livre de John Sanders, The God Who Risks : A Theology of Divine Providence.[1] Dans ce livre, Sanders explique que son souci principal, dans ses écrits théologiques, est de préserver une vraie relation d'amour entre Dieu et ses créatures.[2] La position du théisme ouvert dépend du fait qu’on place Dieu dans le temps[3] et sur l’affirmation que Dieu interagit réellement avec l'homme exactement comme la Bible décrit ses interactions.[4]


Souveraineté divine

Le théisme ouvert déclare que Dieu est, en effet, au contrôle de tout l'univers, mais on qualifie ce contrôle. « Dieu ne contrôle pas tout ce qui se passe, mais il contrôle beaucoup de choses. »[5] Le contrôle divin consiste à créer ce monde, à nous créer et nous libérer dans ce monde, et de garantir une fin heureuse. « Dieu a souverainement établi un type de monde dans lequel Dieu met en place les structures générales ou un cadre global de sens et permet aux créatures un choix significatif sur comment les choses vont tourner exactement. Dieu désire une relation d'amour avec sa création et, donc décide de lui accorder la liberté d'entrer dans une relation de donner-et-prendre avec lui-même. Puisque Dieu gère l'ensemble du projet (tout en restant libre de la micro-gestion des choses), Dieu prend des risques dans la gouvernance du monde. »[6]

Le Dieu souverain du théisme ouvert n'est pas du tout comme le Dieu du calvinisme ; il est tout à fait le contraire. Il nous crée et nous permet de faire notre propre vie, en attendant et en espérant que nous nous tournerons vers lui pour une relation d'amour intime. Une relation qu'il désire tant, mais ne peut rien faire pour l’obtenir, sans enlever notre liberté ou diminuer la valeur de la relation d'une façon importante.


La liberté de la volonté

La seule chose que le molinisme et le théisme ouvert ont en commun est leur point de vue sur la liberté humaine. Ils ont une vision qui est appelée libertarianisme. Autrement dit, Libertarianisme affirme qu'un acte volontaire est libre, si et seulement si, elle n'est pas déterminée par un état des affaires antécédentes. Une action est seulement libre si l'agent, dans l'exercice de toute action, aurait pu faire autrement. Dans les propres mots de Sanders : « ... un agent est libre par rapport à une action donnée à un moment donné si, à ce moment, il est dans le pouvoir de l'agent d’exécuter l'action et aussi dans le pouvoir de l'agent de s'abstenir de faire l'action. »[7]


La souveraineté divine et le libre arbitre dans le théisme ouvert

Afin de sauver la libre volonté libertarianiste, et une relation intime « donner-et-prendre » entre Dieu et ses créatures, le théiste ouvert redéfinit la souveraineté divine et ne recule devant rien pour justifier ce point de vue à partir de la Bible. Pour le théiste ouvert, il n'y a pas vraiment un problème avec la relation entre le contrôle souverain de Dieu dans le monde entier et la volonté libre libertariane. C'est parce que Dieu a très peu de contrôle sur le monde. Les partisans de ce point de vue prétendent que ce n'est pas seulement fidèle à l’enseignement de la Bible, mais qu'il est également pratique pour le conseil pastoral.[8] Cependant, il y a un certain nombre de problèmes majeurs avec ce point de vue, à la fois herméneutiques et philosophiques.

Le Dieu du théisme ouvert est dans le temps, comme nous l'avons déjà mentionné, et ne peut pas connaitre des événements futurs contingents (s’il les connaissait, alors ils nous disent, ces évènements ne seraient pas contingents, mais nécessaires, car la connaissance de Dieu est immuable et infaillible), ce qui signifie qu'il découvre ce qui se passe en même temps que nous. C’est difficile de voir comment un tel point de vue s’accorde avec des prophéties bibliques sur les actions des individus (telles que les prophéties messianiques qui ont été accomplies en Jésus ou la prophétie concernant Cyrus), et même les prophéties concernant des nations et des événements du monde. Nous pourrions essayer de dire, comme le fait Sanders, que Dieu conserve le droit de « micro-gestion » sur certaines choses.[9] Cependant, il est difficile de voir comment un tel point de vue est compatible avec le libre arbitre libertariane. Dieu pourrait être accusé de nous donner un libre arbitre pseudo-libertairiane, comme il intervient librement dans les événements du monde, enlevant la liberté de n’importe quelle personne qui pourrait se mettre dans ses jambes, d’une manière ou d’une autre, de ses déclarations prophétiques. Dieu pourrait aussi être accusé de manipulation et de contrainte envers les personnes touchées par ses prédictions pour qu'elles fassent ce qu'elles sont censées faire. Selon le point de vue du théisme ouvert, Dieu est un amant jaloux qui intervient dans l'histoire du monde en enlevant notre liberté à chaque fois que c’est nécessaire, afin de « ne pas perdre la face » ; mais le reste du temps, il s'assoit sur son bacon et attend que nous venions à lui, peu importe ce qui nous arrive en attendant. Bien sûr, s’il faut peaufiner certaines circonstances pour que vous veniez à lui, qu'il en soit ainsi; et si la liberté de quelqu'un est détruite pendant une période de temps, eh bien, ça valait le coup d'avoir un amoureux.

Un deuxième problème avec le théisme ouvert est que si nous suivons leur herméneutique, nous serions obligés de dire que non seulement est-ce que Dieu ne connaît pas l'avenir, mais qu'il ne connaît pas plus que nous ce qui arrive actuellement (Genèse 3:9, 11, 13), de plus, il est un mauvais planificateur (Gen. 6:6;. Ex. 4:14, 32:14), il n’est même pas capable de prévoir les défauts potentiels de ses plans. Il est aussi surpris que nous par ce qui se passe (Jérémie 3:7, 32:35), et peut être attristé au point de vouloir tout recommencer (Genèse 6:6). Il peut aussi devenir fatigué (Gen. 2:03), il a une mauvaise mémoire (Gen. 8:1), et il doit vérifier les faits des événements mondiaux en prenant sur lui un corps physique et en faisant un voyage pour examiner les circonstances (Gen. 18:1-2 , 20-21). Finalement, il semble qu'il est aussi un pauvre juge de caractère (pire que nous), car il a besoin de nous tester pour savoir si nous allons lui faire confiance et lui obéir (Gen.22).

Un autre problème avec le théisme ouvert est leur point de vue sur la libre volonté. Cependant, nous ne nous pencherons pas sur les problèmes du libre arbitre libertariane jusqu’à ce que nous regardions le molinisme. Pour ceux qui sont capables de lire en anglais, je vous invite de regarder d'autres réflexions sur des difficultés avec le théisme ouverte ici.



[1]John Sanders, The God Who Risks: A Theology of Divine Providence, 2nd ed. (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2007).

[2]Ibid., 223.

[3]John Sanders, “Divine Suffering in an Openness of God Perspective”, in The Sovereignty of God Debate, ed. by D. Stephen Long and George Kalantzis (Eugene, OR: Cascade Books, 2009), 112.

[4]Sanders, The God Who Risks, 224.

[5]Ibid., 227. Traduction le mien. En Anglais on lit, “God does not control everything that happens but does control many things.”

[6]Ibid., 225. Traduction le mien. En Anglais on lit, “God has sovereignly established a type of world in which god sets up general structures or an overall framework for meaning and allows the creatures significant input into exactly how things will turn out. God desires a relationship of love with his creation and so elects to grant it the freedom to enter into a give-and-take relationship with himself. Since God micromanages the overall project (while remaining free to micromanage some things), God takes risks in governing the world.”

[7]Ibid., 235. Traduction le mien. En Anglais on lit, “…an agent is free with respect to a given action at a given time if at that time it is within the agent’s power to perform the action and also in the agent’s power to refrain from the action.”

[8]Gregory A. Boyd, God of the Possible (2000; repr., Grand Rapids: Baker Book House, 2008), 153-156. Cf. Gregory A. Boyd, “The Open-Theism View”, in Divine Foreknowledge: Four Views, ed. by James K. Beilby and Paul R. Eddy (Downers Grove, IL: InterVarsity Press, 2001), 27.

[9]Sanders, The God Who Risks, 225.

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