Skip to main content

Les Fins Humaines : La Base de la Moralité

Dans ma dernière publication sur le blog, j’ai parlé des fins et de la fin ultime de l’homme. Je voulais regarder plus en profondeur la question d’une fin pour démontrer que les jugements moraux sont basés sur la nature humaine et que les fins sont intrinsèques à cette nature.

J’ai dit antérieurement que la fin d’une chose est déterminée par sa nature. Alors dans cette publication, nous allons bâtir un argument, basé sur des définitions, qui va démontrer que la moralité humaine est basée sur sa nature. La nature d’une chose, selon Thomas d’Aquin, semblerait être l’essence d’une chose quand on la considère en fonction de sa propre fonction.[1] Étienne Gilson a dit ceci, « On sait d’ailleurs que, dans le sens Aristotelien, ‘nature’ est la source intérieure et directe de l’activité et des actions de n’importe quel être. »[2] Donc, on dit que l’essence d’un humain est animale rationnelle. Ceci inclus le genre – animal, et la différence – rationnelle. Un animal est un être composé de matière et de forme qui a en lui le principe de son propre mouvement. (Le mot principe à comme sens : la source). Le mot rationnel fait référence à la capacité de raisonner. Quand on dit qu’un homme est un animal rationnel, on donne la définition (essence ou quiddité) de l’homme. La rationalité est ce qui différentie les hommes des autres animaux. Alors, quand on parle de la nature humaine, selon la définition donnée auparavant, on met l’emphase sur sa rationalité, ce qui est la propre fonction de l’homme.

Maintenant, on a commencé en disant que la fin d’une chose est déterminée par sa nature. La nature humaine est « animale rationnelle », alors, sa fin doit avoir un lien avec la rationalité. Une fin est le but vers lequel un être a tendance à se diriger. On sait qu’une chose à une fin quand on voit qu’il a une tendance habituelle à se diriger vers un bien.[3] Par exemple, la nature d’un réfrigérateur est d’être une machine qui préserve la nourriture par le froid. Alors, la fin d’un réfrigérateur est de préserver la nourriture en la gardant froide. On juge un réfrigérateur selon s’il obtient, ou non, sa fin. C'est-à-dire, on dit qu’un réfrigérateur est bon s’il préserve la nourriture, et on dit qu’il est mauvais s’il ne préserve pas la nourriture. Ceci est un jugement objectif basé sur la nature du réfrigérateur et selon s’il accomplit, ou non, sa fin.

Ces observations nous démontrent quelque chose d’autre: le bon, ou le bien, est relié à la fin. C'est-à-dire, la fin d’une chose, basée sur sa nature, est son propre bien. Une chose est bonne dans la mesure qu’elle accomplit sa fin ou son but. Selon Edward Feser, de bonnes actions morales ne sont que des cas particuliers de la notion générale du bien.[4] La notion générale du bien décrit le bien comme étant la chose, qui est désirable en soi (On ne parle pas de ce qu’on peut percevoir comme étant désirable, parce qu’on peut se tromper. On parle plutôt de ce qui est désirable « en soi », c'est-à-dire, même si on ne le reconnaît jamais.), et la chose vers laquelle chaque être se dirige selon sa nature. La fin de chaque être est donc son bien, et chaque être est bien dans la mesure qu’il obtient son bien – c’est-à-dire, sa fin. Alors, le bien de chaque être se base sur sa forme ou sa nature. Ainsi, quand on juge un être en disant qu’il est soit bien, soit mauvais, c’est un jugement objectif basé sur la nature de l’être en question.

Si on applique maintenant ces définitions à l’humain, on doit dire qu’étant un animal, comme on l’a défini auparavant, il a plusieurs fins qui, en les accomplissant, fait de lui un bon animal – c'est-à-dire, un animal qui accomplit ses fins. C'est-à-dire, de se nourrir, de grandir, de se reproduire, etc. (Ce sont les caractéristiques de base d’un être vivant.) Avec plus de précision, un animal est un être qui est capable, par ses sens, d’interagir avec ses environs, étant la source de son propre mouvement et de ses propres actions. Un bon animal est celui qui accomplit ceci selon son espèce. On juge un animal bon seulement s’il accomplit ces fins. Donc, un bon lion est celui qui réussit à se reproduire, à tuer d’autres animaux pour nourrir ses petits, etc.

Mais, il y plus que cela pour l’humain. Comme nous l’avons dit plus tôt, l’humain a une forme rationnelle. La chose qui fait la différence entre une action qui est simplement, animale et une action qui est humaine, est ce qui détermine si l’action est morale ou amorale; c’est la rationalité. Alors, la fin humaine, basée sur notre nature, est d’être rationnel.

Pour un humain, les actions animales doivent aussi être accomplies, mais, on dit qu’elles sont maintenant des actions humaines parce que l’être humain a la capacité de raisonner, il a donc la capacité de choisir ses fins et la capacité de choisir comment agir pour obtenir ces fins (ou, même, de ne pas poursuivre une fin qui est perçue comme étant bonne. Cette décision est basée sur une autre fin qui est vue comme étant meilleure.) Par exemple, une personne à qui on offre un Big Mac de McDonalds, refuse de le manger même si elle a faim, peut voir que l’hamburger est bon mais elle pense à une autre fin – la santé – comme étant plus désirable. Alors, les actions humaines sont jugées bonnes, ou mauvaises, en fonction de la rationalité et ce jugement est un jugement moral. Alors, la moralité humaine est basée sur la nature humaine, rationnelle. Un acte humain bon est rationnel et un acte humain mauvais n’est pas rationnel.

Edward Feser donne une bonne explication de cela : «En bref, la position de Thomas d'Aquin est essentiellement ceci: la raison pratique est dirigée par la nature vers la poursuite de ce que l'intellect perçoit comme étant bon; ce qui est, en fait,  la réalisation ou l’accomplissement des différentes fins qui sont inhérentes à la nature humaine. Une personne rationnelle percevra cela et, en conséquence, dirigera ses actions vers la réalisation ou l'accomplissement de ces fins. En ce sens, la bonne action est tout simplement ce qui est « conforme à la raison» (ST I-II.21.1; cf. ST I-II.90.1), et la question septique de la morale «Pourquoi devrais-je faire ce qui est bon? » propose une réponse évidente: parce que d’être rationnel est simplement (en partie) de faire ce qui est bon, d’accomplir les fins ordonnées pour nous, par nature.»[5]

Alors mon argument est le suivant :

(1)   Une nature, par définition, est l’essence d’une chose quand on la considère selon sa propre fonction.

(2)   La nature humaine est « animale rationnelle ».
a.       La rationalité est la propre fonction d’un humain.

(3)   Une fin, par définition, est le but vers lequel un être a tendance, en temps normal, à se diriger selon sa nature.

(4)   Le bien, par définition, est ce qui est désirable en soi et ce vers quoi chaque être se dirige selon sa nature.

(5)   Alors le bien d’une chose est sa fin, qui est basée sur sa nature.

(6)   Ainsi le bien pour un être avec une nature humaine est :
a.       Étant un animal :
                                                                          i.      La nutrition, reproduction, et croissance
                                                                        ii.      L’interaction avec le monde extérieur par les sens, la sexualité
b.      Étant un humain :
                                                                          i.      D’être rationnel.

(7)   La fin qui différentie les humains des animaux est d’être rationnel.

(8)   Donc, la moralité humaine se base sur la nature rationnelle de l’homme.

(9)   Dans ce cas, une bonne action humaine est une action rationnelle.
a.       Alors une mauvaise action humaine est une action qui est irrationnelle.


[1]Thomas Aquinas, On Being and Essence, trans. Armand Maurer (Toronto, ON : Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1983).

[2]Étienne Gilson, Moral Values and the Moral Life : The Ethical Theory of St. Thomas Aquinas, trans. Leo Richard Ward (Hamden, Conn: The Shoe String Press, 1961), 55. « Of course, we know that, in the Aristotelian sense, ‘nature’ is the inner and direct source of the activity and doings of any being.” Translation mine.

[3]John F. Wippel, The Metaphysical Thought of Thomas Aquinas : From Finite Being to Uncreated Being (Washington D. C.: Catholic University of America Press, 2000), 480-81.

[4]Edward Feser, Aquinas : A Beginners Guide (2009; repr., Oxford : One World, 2010), 176.

[5]Ibid., 185. “In short, Aquinas’s position is essentially this: practical reason is directed by nature towards the pursuit of what the intellect perceives as good; what is in fact good is the realization or fulfillment of the various ends inherent in human nature; and thus a rational person will perceive this and, accordingly, direct his or her actions towards the realization or fulfillment of those ends. In this sense, good action is just that which is ‘in accord with reason’ (ST I-II.21.1; cf. ST I-II.90.1), and the moral skeptic’s question ‘Why should I do what is good?’ has an obvious answer: because to be rational just is (in part) to do what is good, to fulfill the ends set for us by nature.” Traduction est le mien.f

Popular posts from this blog

How Kant’s Synthesis of Empiricism and Rationalism resulted in Agnosticism

Immanuel Kant, presented with the extreme empiricism of Hume and the extreme rationalism of Liebniz, which he discovered through the writings Wolff, sought to take a middle road between these two extreme philosophical positions. I would submit that Kant’s synthesis of these two views leads to an agnosticism about what Kant called “the thing-in-itself”, and ultimately to the philosophical positions known as Atheism, determinism, and nihilism.


Kant’s Sources
First of all, Kant was influenced by Hume’s empiricism and Newton’s physics. He saw that the physical sciences, in contrast to rationalistic metaphysics, were actually making advances. They were making discoveries, and building a system of knowledge that accurately described the world of our sense perceptions. Rationalistic metaphysics, on the other hand, was floundering amidst the combating systems that the philosophers were erecting. It did not provide new knowledge, and only led to unacceptable conclusions, such as the Absolute Mon…

LEISURE: THE BASIS OF CULTURE – A BOOK REVIEW

Leisure: The Basis of Culture & the Philosophical Act. Josef Pieper. Translated by Alexander Dru. 1963. Reprint, Ignatius Press, 2009. 143 pp. $12.99. ISBN 978-1-58617-256-5.
            This book is composed of two articles written by the German philosopher Josef Pieper. Though the two articles are intimately connected, they form two distinct works; as such, this book review will begin by giving a brief introduction to the works in question, followed by and exposition of each of the works individually. The two articles that are included in this book, Leisure: the Basis of Culture and The Philosophical Act, were both published in 1947, and, as such, were written during the cultural crisis in Germany that followed the Second World War. Not only did Pieper have the cultural crisis in mind when he wrote these articles, but he was also writing in light of the works of the most well-known German philosopher of the time – Martin Heidegger. As such, any reader who is familiar with Heidegg…

IDENTITY AND DIFFERENCE by Martin Heidegger

I don’t propose to attempt any sort of reply to Martin Heidegger in this article. The purpose of this article is to explain Martin Heidegger’s thoughts, as they are found in the book, Identity and Difference. Martin Heidegger is a difficult thinker to understand, and requires a lot of work to fully appreciate his arguments. My primary goal in this article is to introduce the reader to two very important articles written by Heidegger, and, I hope, to properly explain Heidegger’s views on Being and beings.
            This book is composed of two articles written by Martin Heidegger and translated with an introduction by Joan Stambaugh. The first article, The Principle of Identity, is “the unchanged text of a lecture given on the occasion of the 500th anniversary of the University of Freiburg im Breisgau, for the faculty day on June 27, 1957.”[1] The second article The Onto-theo-logical Constitution of Metaphysics, is “the explication that concluded a seminar during the wint…