Friday, July 22, 2011

La Recherche d’une Fondation pour des Décisions Morales


Dernièrement, j'ai lu un article que quelqu'un avait publié sur Facebook, qui a été écrit en réaction au verdict du procès de Guy Turcotte. Écrit par Stéphane Laporte, l'article s’intitule "La vie ne vaut rien". Je vous encourage à lire cet article qui se trouve sur cyber presse.ca. Une des questions qui ressort de cet article est: "Existe-t-il une fondation sur laquelle nous pouvons baser nos actions?" C'est-à-dire, comment est-ce possible que dans notre société on puisse  applaudir le mal et ridiculiser (même parfois, culpabiliser) le bon. Comment a-t-on pu se rendre à ce point et comment est-ce qu’on peut s’en sortir vivant? Il dit ceci: "Les questions fondamentales, on ne se les pose jamais, tellement on est pris par l'économie, la politique, le sport et les vedettes...Il y a quelque chose de pourri au royaume des humains et j'ai bien peur que ce soit notre âme."[1] Ce sont là des questions que nous nous posons présentement.

Dans la première partie de notre discussion sur ce que veut dire être humain, j'ai dit que nous devions  poser une fondation, à partir de la métaphysique, avant d’aller dans des questions d'éthiques. Nous avons commencé avec l'étude de la nature humaine et, en passant, nous avons vu beaucoup de termes et principes de base. (Nous avons vu les pensées d'autres écrivaints sur ce point, voir cette publication. Entre-temps j'ai trouvé d'autres blogs intéressants sur ce sujet, voir Edward Feser, et Francis J. Beckwith.) Nous avons maintenant, si vous avez été capables de me suivre et si tout ce que j'ai dit est bien, une idée de la nature humaine. Mais, il y a quelques autres observations que nous devons faire avant de parler de questions d'éthiques. 

Toutes les choses qui existent ont ce qu’on appelle une fin. C'est-à-dire, une raison pour laquelle elles ont été créées et vers laquelle elles se dirigent. Par exemple, une oreille est fait pour recevoir des sons et une bonne oreille, qui atteint sa fin, est une oreille qui entend, comme il faut, les tonalités qu’elle est supposée entendre. La fin d’une chose est déterminée par la forme de la chose en question. Les humains ont une forme rationnelle. Et c’est notre rationalité qui nous différencie des animaux, des plantes et des objets inanimés. Ca veut dire que la fin de l’homme a un rapport avec sa rationalité – sa forme. De plus, étant donné que l’homme est un animal rationnel, il est, de ce fait, un agent volontaire – C'est-à-dire, un agent qui peu choisir entre des fins et des façons de les atteindre. Une volonté ne peut exister que là où il y a un intellect pour présenter des choix à l’agent et pour délibérer entre des choix et des moyens de les atteindre. 

Mais l’existence d’une fin exige qu’il y ait une fin ultime pour l’homme. Ceci est dû au fait qu’on peut demander, pour chaque action qu’un homme aurait fait, pourquoi il l’a fait. La réponse serait : « J’ai agi d’une telle façon parce que je voulais fin A. » Et on pourrait tout de suite demander pourquoi la personne en question voulait  fin A. Sa réponse serait : « Je voulais fin A parce que je voulais fin B. » Nous ne pourrions pas continuer cette série de questions à l’infini parce que s’il y a une régression infinie de fins, nous ne pourrions jamais agir, parce qu’il n’y a pas de première fin. En réalité, lorsqu’on demande une telle série de questions, nous arrivons ultimement à la réponse: « Je voulais fin Z parce que je veux être heureux."

 Sans équivoque, tout homme recherche le contentement. Le contentement doit être ce qui fait du bien à l’homme parce que c’est la seule chose que nous cherchons sans avoir une fin ultérieure. Est-ce que nous pouvons maintenant nous demander en quoi consiste le contentement de l’homme? Je crois que oui et je ne suis pas le seul qui le crois. Aristote, 400 ans avant Jésus-Christ, dans son livre L’Éthique Nicomachéan s’est posé les mêmes questions.[2] Il a ensuite offert comme solution toutes les choses qui sont souvent recherchées par des humains et en quoi nous pouvons toujours trouver le contentement. La liste inclut l’argent, l’acquisition de biens, le plaisir, l’honneur ou la popularité et la louange des hommes, entre autres.  Mais aucunes de ces choses ne peut être élevées à un point tel qu’elles nous contentent. Par exemple, nous ne recherchons pas l’argent seulement pour être capable de vivre, mais pour être heureux et pour autant, ceux qui sont les plus riches sont souvent ceux qui sont les moins heureux. Le plaisir n’est pas un contentement pour la même raison que l’argent et l’acquisition des biens n’est pas non plus un contentement parce que nous recherchons ces choses pour qu’elles nous rendent heureux, mais aussitôt que nous les atteignons, elles s’enfuient et nous devons recommencer la recherche. Ces choses nous démontrent qu’en fait, qu’il n’y a aucun bien qui est lié au corps qui puisse nous contenter.

Aristote fini par dire que le contentement se retrouve dans une vie vertueuse.[3] Pourquoi? Parce que ceux qui sont les plus vertueux sont ceux qui sont les plus heureux et nous ne pourrions pas leur enlever leur contentement, même si on les tuait. Il y a deux types de vertu, les vertus pratiques et les vertus intellectuelles. Les vertus intellectuelles sont mieux que les vertus pratiques parce qu’elles ne dépendent pas des circonstances, elles sont plus durables et ces vertus peuvent être mises en pratique sans les biens matériaux. Alors, Aristote a finalement trouver le contentement de l’homme dans la contemplation et il dit que le contentement se trouve seulement là où il y a de la contemplation. 

La question que nous pouvons nous poser par la suite, la contemplation de quoi? La réponse doit être la contemplation de la fin ultime de l’homme qui est le bien ultime de l’homme. L’homme peut seulement agir pour une fin s’il a une notion, même imparfaite, de sa fin ultime – de ce qui est son bien. Le bien de l’homme est qu’il soit parfait selon sa forme, c'est-à-dire qu’il soit totalement, parfaitement, humain. Ceci peut seulement être atteint par une vie de contemplation et de connaissance, parfaite. Mais l’homme, comme il est, ne peut pas tout connaître – ce qu’il doit faire s’il veut être parfait. La seule façon de tout connaître serait de connaître la première cause de toute chose parce que les modèles de tout ce qui existe se trouve dans la cause première. Cependant, cette cause première, qui est en même temps la fin ultime de toute chose, est ce qu’on appelle Dieu. 

C’est ici qu’on voit Thomas d’Aquin qui arrive pour dire que la fin de l’homme est bien la contemplation, c’est la contemplation de Dieu, comme Il est.[4] C’est-à-dire que l’homme a été créé pour Dieu mais pour qu’il se dirige vers Dieu, la connaissance de Dieu étant la raison pour laquelle il a été créé, il fallait que Dieu lui montre premièrement qu’Il est la fin ultime de l’homme et deuxièmement, qu’Il est la façon d’obtenir ou d‘atteindre cette fin. Étant donné que l’homme ne peut pas atteindre sa fin tout seul, il fallait que Dieu lui donne le moyen par lequel il pourrait atteindre sa fin. Il faut que Dieu élève l’homme, par sa Grâce, à la connaissance de Dieu – ce qu’il fera au ciel. Nous ne nous dirigeons pas vers une fin à moins que nous sachions que c’est une fin. L’homme, étant un agent qui peut choisir comment il va atteindre ses fins, ne pouvait pas choisir Dieu, la fin ultime de l’homme, sans qu’il sache que c’est sa fin. Alors, Dieu nous a donné la révélation divine, par les écritures, pour que nous puissions savoir que Dieu est notre fin et savoir comment nous pouvons l’atteindre.




[2] Aristotle, "Nicomachean Ethics", in The Basic Works of Aristole, ed. Richard McKeon (New York: Oxford, 1941), 938.

[3] Ibid., 1107-8

[4] Thomas Aquinas, Providence, part 1, vol. 3 of Summa Contra Gentiles, trans. Vernon J. Bourke (1956; repr., Notre Dame, IN: University of Notre Dame, 1975), 70-206.